François Arnal – Belles Plastiques

 

BELLES PLASTIQUESDepuis 20 ans, François Arnal rassemble ses voyages, les conjuguent et les marient dans un élan syncrétique en combinant ses découvertes dans son atelier d’Arcueil. Il continue sa « perpétuelle réinvention », généreuse et gourmande, portant un regard toujours nouveau et surpris sur le monde qui l’entoure. Flâneur et jouisseur, il a su élargir son champ de vision et donc le nôtre.

Belles Plasitques nous donne le loisir de lever un coin du voile et d’entrer de plain-pied dans l’univers de cet artiste protéiforme, de mieux comprendre ce funambule de génie qui a ouvert de nombreuses voies et préfiguré des mouvements sans jamais s’y enfermer de peur d’en devenir prisonnier.

 

 

 

 

François Arnal

Touche à tout de génie, bousculeur d’idées reçues, François Arnal aborde la vie comme son art, avec gourmandise. Arnal fait partie des rencontres que l’on peut qualifier de précieuses tant elles sont rares et atypiques. Cabot, malicieux, éternel jeune homme au regard pétillant, la vie de François Arnal se lit comme un roman. Né en 1924 dans le Var, entré très jeune en résistance dans le maquis, il découvre la peinture au hasard d’une rencontre trop belle pour être vraie. Un soir, attiré par la lumière d’une maison isolée, il fait la rencontre d’un peintre hollandais réfugié peignant une femme nue. Réalité, fiction ? Peu importe tant ces deux termes ne cessent de s’entremêler dans les souvenirs de l’artiste. Et puis l’histoire de l’art ne se nourrit-elle pas de ces mythes ?

La peinture sera donc une révélation puis très vite une vocation qui ne le quittera plus jamais. Démobilisé, il s’installe à Paris en 1948 où il se lie très vite avec les peintres de l’Ecole de Paris pour s’en éloigner tout aussi rapidement ce qui lui vaudra d’être associé à l’Art Informel et plus tard, aux membres du groupe Cobra d’Asger Jorn. Mais, Arnal a-t-il jamais appartenu à une école ? Toujours à la recherche, constamment en mouvement, il explore, ouvre des pistes qu’il laisse à d’autres le soin d’approfondir voir d’épuiser.

Dans les années 50, il expose beaucoup, en France, entre autre à la galerie Maeght, et à l’étranger. Épris d’indépendance, il se lance dans une série de voyages au long cours. Il prend le large pour le Mexique, la Polynésie Française, l’Amérique Centrale puis du Nord. Le voyage est une donnée fondamentale dans la vie et l’œuvre de François. Qu’il soit géographique ou imaginaire, le voyage éclaire tout le parcours esthétique de cet artiste. Aventurier baroudeur, ses ruptures picturales peuvent être comprises comme autant d’explorations et d’aventures. Arnal est un séducteur, rêveur, gourmand et généreux qui ne cesse d’aller de découvertes en découvertes. Peintures, sculptures, romans, pièces de théâtre, vidéos, installations, design, décoration, tous les mediums seront envisagés et travaillés sans hiérarchie aucune. Homme de son époque, il l’est à double titre. Artiste dont l’œuvre débute au milieu du XXeme siècle, il est influencé, consciemment ou non, par les théories de Greenberg, de l’Action Painting New Yorkais. Il se qualifie d’ailleurs de peintre abstrait: «Certains y voient un poisson, d’autres une montagne. C’est bien. Mais ça ne veut pas dire que j’ai fait un poisson ou une montagne». Mais c’est aussi un artiste touche à tout qui ne se cantonne pas à un mode d’expression. En ce sens, il annonce notre société post-moderne qui a aboli les hiérarchies entre mediums pour ne garder que celle de l’art.

Depuis 1958, il travaille par séries : celles des Bombardements, des Voyageurs, des Elémentaires, des Champs Voilés, des Rencontres, des Emerveillements, des Choix. Leurs titres invitent à eux seuls le spectateur sur le chemin de l’imaginaire. La sculpture apparaît à partir de 1960 : bois, caoutchouc, vinyle, mousse, cordes et objets trouvés… Au même moment, Arnal commence à libérer la toile de son châssis, à la laisser à nu dans certaine de ses œuvres. Une pratique qu’il revisite régulièrement avec les  séries des Elémentaires ou des Meeps, non sans justifier des rapprochements avec le mouvement Support-Surface.

En 1965 débute la série des Bombardements dans laquelle il spray à l’aide d’une bombe, des objets de la vie quotidienne, ciseaux, chemises, punaises, sur un canevas pour n’en laisser que le négatif afin de mieux dévoiler l’humanisme de l’objet industriel.

Le tumulte de 68 et son rejet de l’art en tant qu’activité déconnectée du social impose aux artistes d’entrer dans le champ du social. Arnal fonde l’Atelier A avec Arman, Annette Méssager, Hervé Télémaque, André Cazenave… Comme l’expliquait Pierre Restany dans son Manifeste de 1970, « L’Atelier A est une entreprise collective basée sur un acte de foi : la nécessaire insertion de l’artiste dans la vie ». Doté d’une énergie créative sans limite, l’Atelier A, dirigé par Arnal, va créer et produire pendant cinq ans des meubles et objets quotidiens extraordinaires dessinés par des artistes. Encensée par la critique, l’aventure prendra fin en 1975. Précurseur, elle est le premier mouvement contemporain français à avoir tenté d’estomper ou d’abolir la frontière entre art et design.

Le retour à la peinture sera hésitant (série des Champs Voilés, des Champs Prisonniers), voire balbutiant, le temps pour Arnal de reprendre confiance et d’apprivoiser à nouveau ce medium. Le début des années 80 marque la réapparition des Meeps, personnages imaginaires et série qu’il ne quittera plus mais aussi une période qui tend vers une épure (série des Elémentaires).

 

Tatyana Franck et Nicolas Chwat