Michel SCARPA

Issu d’un milieu russe, allemand, français et italien, petit-neveu du gourou Gurdjieff, Michel Scarpa est né en 1942 près de Paris. Diverses influences ont coloré une enfance précaire au cours des années d’après-guerre, suivie de la découverte opportune de Londres, en 1958. Ses études au Chelsea Art School l’ont initié au monde de la peinture, et il a continué de vivre à Londres jusqu’en 1981. Quelques années auparavant, il avait commencé à investir dans les marchés des matières premières, une forme de spéculation qui convenait bien à son tempérament, mais qui n’allait pas durer très longtemps.  Cette activité l’a amené à Monaco puis à une nouvelle vie à Saint-Paul-de Vence, où il s’est mis à travailler avec du papier au lieu de la peinture.

Trois périodes se succèdent dans l’œuvre de Scarpa. Aucune trace ne reste de la première qu’il détruit entièrement dans les années soixante. Après s’être tourné vers une nouvelle vie professionnelle, et avoir mis sa carrière artistique entre parenthèses, il aborde en 1984 une nouvelle étape : des collages composés d’images tirées des magazines Playboy ou de BD, des tableaux de briques de papier compressé aux dimensions parfois monumentales, puis des jeux de cubes inspirés de véritables boîtes de cubes d’enfants : dans tous les cas le travail se caractérise par  la cohabitation d’images  apparentes  et  de zones

cachées, dans les replis d’un papier froissé ou compressé, sur le cube dont l’artiste choisit la face à montrer, jouant avec la frustration du spectateur tenté d’en découvrir davantage.

Vers la fin des années quatre-vingt dix, Scarpa abandonne le papier pour se consacrer à un nouveau support. Des images issues de l’iconographie populaire, du dessin animé et du cinéma, notamment pornographique, se superposent sur des plaques de plexiglas : une trame souvent discrète, constituée d’un story-board d’images juxtaposées, à l’apparence d’une mince pellicule translucide, compose un tableau pixellisé que l’artiste double d’une ou plusieurs images plus présentes, qui définissent  un sujet, souvent en total décalage avec le fond : une frêle adolescente, tout droit issue de l’Amérique prude des années 50, lit un ouvrage spécialement adapté à son statut de jeune fille, sur la trame de fond d’une extase physique que son éducation sans faille ne lui permet pas d’imaginer.

Le spectateur saura observer dans ces œuvres plus récentes la parenté avec les images plus anciennes : le recours à des techniques numériques laisse la part belle à l’esthétique de mosaïques qui traverse chaque pièce de Scarpa  et perpétue l’idée selon laquelle l’image a bien plus à dire que ce qu’on en voit au premier abord.